ALGUES INVASIVES ou PLANTES AQUATIQUES ?

ELEMENTS DE REFLEXION COMPLEMENTAIRE

NOTE D’INFORMATION
-Éléments de réflexion complémentaires-
D’après Aurélien Caillon et Émilie Vallez, botanistes au conservatoire national Sud-Atlantique les
plantes exotiques envahissantes ont été introduites après 1492 avec l’accélération de l’introduction
et de la diffusion d’espèces et l’engouement prononcé pour la flore venue d’ailleurs.
-Les plantes invasives dans le lac de Lacanau-
– La Jussie :
Introduite au XIX° siècle, elle a colonisé de nombreux étangs et cours d’eau. Elle se reproduit
facilement par boutures ce qui facilite leur prolifération, quant à sa toxicité, son potentiel
allélopathique a été étudié et confirmé : elle développe des tapis monospécifiques qui laissent à
penser qu’elle dispose d’une stratégie d’élimination des plantes concurrentes.
Conséquences de la prolifération : La jussie concurrence la flore aquatique immergée en empêchant
la pénétration de la lumière vers le fond et en occupant toute la niche écologique offerte par les
nombreux habitats qui lui conviennent. En empêchant les UV solaires de pénétrer l’eau, elle inhibe
aussi les vertus désinfectrices du rayonnement solaire dans l’eau et peut contribuer aux phénomènes
de dystrophisation voire de zone morte : sa nécromasse produit en se décomposant dans une zone
peu oxygénée une anoxie (déficit en dioxygène) limitant ou interdisant dans cette zone la survie de la
plupart des espèces animales. Elle peut aussi entraver le bon fonctionnement de systèmes
d’irrigation, de drainage et d’arrosage.
Lutte contre la Jussie :
Actions de surveillance, de détection et d’arrachage précoce
Différentes techniques d’arrachage mécanique :
– L’arrachage à l’aide d’une pelle et d’un codet ne présente pas de bon résultat car le mouvement du
godet enfouit une partie des racines dans le sol au lieu de les enlever. Cette technique n’est pas
recommandée même en cas de curage sans avoir enlever la jussie au préalable.
– Une autre technique consiste à arracher les végétaux à l’aide d’un grand rateau qui plonge au
niveau des racines (technique est efficace surtout pendant la période végétative de la plante, en fin
de saison la plante casse plus facilement).
– Une troisième technique mécanique, consiste à arracher les végétaux à l’aide d’une pince munie de
dents.
– Le faucardage de la jussie est à proscrire la plante se reproduisant par bouturage, l’action risque
d’être pire que de ne rien faire.
– L’élodée crépue ou Lagarosiphon élevé (Lagarosiphon major) :
Introduite en France dans les jardins botaniques dans les années 1930. Plante dont la tige peut
atteindre jusqu’à 5 m de long qui se multiplie par reproduction végétative. Profondeur maximale
atteinte 7 m, grâce à une photosynthèse très efficace à des seuils lumineux très bas, elle est capable
de coloniser des zones très profondes et de commencer à absorber la lumière dès le lever du jour et
tard dans la journée.
Conséquences de la prolifération : Elle peut engendrer une augmentation de la sédimentation dans
les plans d’eau. Des modifications physico-chimiques (cycles d’oxygène et de pH) en augmentant le
ph lorsqu’elles sont en surnombre provoquant des alcaloses fatales (ph à partir de 9), Causes de choc
vis-à-vis des populations piscicoles et tendre à leur disparition.
Lutte contre le Lagarosiphon :
– Des interventions de moisson pratiquées dès 1990 sur l’Étang blanc, dans les Landes. (coupe et
récolte les plantes avec un bateau moissonneur. Une seule moisson annuelle, la bisannuelle n’ayant
aucun effet sur la production végétale).
– En Irlande, des essais d’exclusion de lumière ont été réalisés par pose de toile de jute biodégradable
sur le fond du lac, du début de l’été jusqu’à l’automne.
– Pour les petites surfaces, l’arrachage manuel a été pratiqué.
– Mesures de précautions à mettre en oeuvre pour éviter la dispersion de fragments (filets, etc.).
– l’Egeria (Egeria densa)
Elle a été introduite dans la nature en France avant 1961 dans le département de la Manche. Dans le
Sud-Ouest, elle cause la régression d’espèces et communautés natives. C’est une plante reproduite
en France à destination des aquariophiles au moins depuis 1919. Dans leur milieu d’origine elle
forme des herbiers et des aires d’alimentation et de refuge pour les espèces de poissons de petite
taille. Tapis dense à la surface de l’eau et descend jusqu’à 4 m de profondeur, peu exigeante pour la
lumière, bonne croissance à la fois à basse et à haute alcalinité de l’eau. Les fragments de la plante
sont dispersés avec le courant, mais aussi lors d’inondations et de crues et les activités humaines
participent à sa dispersion.
Conséquences de la prolifération : Très adaptable elle devient localement invasive (forte
productivité en terme de biomasse) → dommages importants pour les plantes indigènes, la faune
locale et la biodiversité des zones humides concernées. Effets observés et signalés : Concurrence
parfois fatale avec les espèces autochtones, altération des relations prédateurs-proies, frein au
brassage des eaux stagnantes par le vent, diminution de l’oxygénation des basses couches de l’eau,
apparition de zones favorables à la reproduction des moustiques, réchauffement de l’eau,
augmentation du taux de certains nutriments-azote-Limitation de la circulation et de l’accès des
usagers pour les activités récréatives.
Lutte contre l’Egeria :
– Pour des secteurs de milieux aquatiques importants une gestion mécanique par arrachage,
faucardage ou moisson peut être envisagée. Le faucardage moissonnage permet de couper les
herbiers par des lames horizontales tractées au fond de l’eau. Opérations réalisées à l’aide d’un
bateau faucardeur et d’un bateau pousseur/ramasseur ou d’un bateau moissonneur, le bateau
moissonneur étant préférable car il collecte en même temps les fragments coupés. Des barrages
flottants sont installés pour éviter la dispersion de fragments d’Egérie dense lors des interventions.
Ces techniques ne permettent pas d’éliminer la plante définitivement et ont des durées d’action très
limitée dépassant rarement quelques mois. Ces interventions non mécaniques restent non sélectives
et ont des impacts sur la faune qui peut se retrouver piégée dans les plantes.
– D’autres engins comme des godets faucardeurs et des griffes peuvent être utilisés pour arracher
mécaniquement les plantes. Cette technique permet de retirer tout ou partie des systèmes racinaires
des plantes mais entraîne en même temps une grande quantité de sédiments et les risques de
productions de fragments sont importants.
– En Vendée, des opérations de dragage ont été réalisées sur le canal de Marans La Rochelle (dragage
hydraulique, suivi d’un curage). L’efficacité de ces interventions est en cours d’évaluation.
– Implantation d’une ripisylve pour limiter le développement de l’Egerie dans la Jalle de Blanquefort
Stratégies globales déployées pour lutter contre les plantes invasives
Lutte biologique : Il existe des obstacles non négligeables à l’utilisation d’agents de lutte biologique
en Europe. Ainsi, une grande majorité des agents de lutte est originaire des continents origines des
espèces invasives, et représente un risque en termes d’invasion. Il ne faut néanmoins pas exclure
que l’utilisation d’un agent de lutte biologique puisse offrir une solution efficace à l’avenir pour lutter
contre certaines espèces.
Lutte mécanique :
-L’arrachage mécanique, suivi de plusieurs finitions manuelles, a permis d’éradiquer certaines
espèces. L’application de ce scénario semble relativement simple, mais les réalités de terrain
(inaccessibilité des sites pour les engins lourds, difficulté d’observer l’espèce) peuvent fortement en
compromettre la faisabilité.
-Une autre méthode de lutte mécanique a montré un niveau d’efficacité partiel, il s’agit de
l’excavation des berges à l’aide d’une déplaqueuse de gazon ou « turf cutter ».
Lutte environnementale :
-La mise en assec et l’inondation prolongées (5 à 9 mois) ont montré un niveau d’efficacité total pour
certaines plantes aquatiques, mais dans des conditions difficilement généralisables (assèchement
complet des boues, salinité élevée).
-Le paillage plastique (bâche en polythène) peut étouffer la plantes, mais il faut le laisser au moins 10
ans.
-Des campagnes de sensibilisation par affichage, conseils d’inspecter et d’enlever les plantes
aquatiques de votre bateau, moteur ou remorque (annexe), de nettoyer votre bateau, vivier
(glacière), ballast, moteur et cale, de l’eau du lac ou de la rivière qui ont pu les contaminer. Mise en
garde sur le risque de propagation d’espèces invasives, via le transport du bois de chauffage
(pouvant contenir certains parasites ou maladies fongiques.
Les espèces invasives sont souvent considérées comme la seconde cause de régression de la
biodiversité. Les herbiers qu’elles constituent gênent certains loisirs (pêche, natation, sports
nautiques, chasse au gibier d’eau…) Leur capacité à s’étaler à la surface des eaux peut être la cause
de modifications esthétiques des milieux ressenties comme des nuisances par les usagers.
ci-dessous le développement de l’Egeria, du Lagarosiphon et de la Jussie en Aquitaine
( source Observatoire de la biodiversité végétale
de Nouvelle-Aquitaine-Inventaire du Patrimoine Naturel (IPN) )